Mais qu’est-c’que j’vais faire du carton à chapeau ?

Tes lèvres jolies
Ta peau de satin
Tes yeux verts et gris
Tes longs cheveux bruns
Ta belle petite gueule
Maintenant c’est à moi
Et c’est à moi seul
Que tu souriras

Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des femmes de ménage
Qui fouillent partout et qui bavardent trop
Moi j’veux pas mourir à mon âge.

Tant pis pour ton corps
Que j’aimais aussi
Pour tous ces trésors
Dont j’étais épris
Ils ne me rendront
Plus jamais jaloux
Car là où ils sont
L’amour, on s’en fout

Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des femmes de ménage
Qui fouillent partout et qui bavardent trop
J’crois que j’vais partir en voyage.

Nous irons flâner
A Monte-Carlo
Je vais t’emmener
Voir le casino
Puis ce s’ra Venise,
Le pont des soupirs
Rome et ses églises
Naples et ses désirs

Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des porteurs de bagages
Qui posent des questions quand l’colis est trop lourd
Moi j’veux pas mourir avant l’âge

Ô mon cher amour
Si on t’avait dit
Qu’nous serions un jour
Dans le même lit
Tu aurais bien ri
Tu riais si bien
Pourtant te voici
Et tu n’y peux rien

Mais qu’est-ce je vois en page trois des journaux?
C’est la photo de la femme de ménage

{Parlé}
« Nia nia nia nia nia nia nia nia on a retrouvé la tête de la victime nia nia nia nia nia, l’odieux individu… nia nia. »

J’aurais dû penser à rincer le couteau
J’crois que je vais mourir avant l’âge.

 

Francis Blanche

Mais qu’est-c’que j’vais faire du carton à chapeau ?

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La vieille anglaise

La vieille Anglaise est triste
Elle a perdu au casino
Pour elle, plus rien n’existe
Fallait pas jouer le zéro

Les fiacres avec leurs coussins blancs
Passent près d’elle lentement
Mais elle n’a plus d’argent

La vieille Anglaise est lasse
Elle rentre à pied à son hôtel
Là-bas, la chance passe
On continue sans elle

Dans la chambre bleue, parmi les broderies
La vieille Anglaise s’ennuie
Elle songe à son pays
A ses gazons fleuris
Qu’elle a quittés jadis
Pour lui qu’elle aimait trop
Pour lui qui l’aimait moins
Moins que le casino

Et qui a tant gagné en jouant sur le zéro
Et puis qui l’a laissée
Seule, à Monte-Carlo

La vieille Anglaise est triste
Elle va chercher dans un tiroir
Sous les chemises de batiste
Un petit revolver noir

Maintenant, elle n’a plus qu’une idée
Ce revolver, il faut aller
Le mettre au mont-de-piété

La vieille Anglaise est folle
Elle est retournée au casino
Sans dire une parole
Elle a joué le zéro

La roue est partie
Elle tourne comme la vie
La vieille Anglaise sourit
Elle songe à son pays
A ses gazons fleuris
Qu’elle reverra bientôt
Dès qu’elle aura gagné
L’argent pour le bateau
Si le sort veut l’aider

Le zéro est sorti
Elle a tout emporté
Mais près de la sortie
On l’a vue s’écrouler

La vieille Anglaise est morte
Goodbye, bonsoir et rien ne va plus
Là-bas derrière les portes
La partie
Continue

 

Francis Blanche

La vieille anglaise

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Mort d’un jeune homme

Il est mort le beau jeune homme

en allant au rendez-vous

par une belle après-midi d’automne

où le soleil avait des reflets roux

 

Ses belles dents cassées comme du verre

son front charmant crevé comme un tambour

ses mains blanches déchirées sur les pierres

ses yeux ouverts qui ne voient plus le jour

 

La belle voiture anglaise

brisée sur les rochers

au pied de la falaise

comme un bateau échoué

 

Il est mort le beau jeune homme

le tournant était trop court

il suffit de peu de choses en somme

pour tuer un roman d’amour

 

Et là-bas tout au bout du chemin qu’il suivait

y a la belle fille blonde et les jus de fruits frais

et les disques de jazz et les jambes bronzées

et les lèvres en extase qui sourient au baiser

 

Mais il y a l’heure qui tourne et la glace qui fond

et puis le téléphone où personne ne répond

et puis d’autres garçon que l’on suit en riant

sans savoir que l’amour a raté le tournant

 

Il est mort le beau jeune homme

oublié seul sous le ciel

mais déjà les doigts du vent de l’automne

lui ont tissé son habit éternel

 

Ses belles dents sont devenues des pierres

son front charmant un tertre d’herbe bleue

ses bras tordus comme deux branches de lierre

nouées autour d’un tronc d’arbre poudreux

 

Des yeux de coquillage

au regard d’eau salée

et plus rien sur la plage

que la mer étoilée

 

Il est mort le beau jeune homme

immobile aveugle et sourd

dans un geste inachevé qui pardonne

 

statue de sable

d’algue

et d’amour…

 

 

 

Francis Blanche

Mort d’un jeune homme

 

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Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête

On vient d’renvoyer la bonne
paraît qu’elle volait des sous à maman
elle a pleuré comm’ un’ folle
crié qu’c'est injuste
et fait des serments
c’est moi qu’ai dit
qu’il l’avait vue
naturell’ment tout l’monde m’a cru
c’est pas vrai mais ça fait plaisir
j’sais pas c’que j’ai
j’aime bien mentir

Ça tourne pas rond
dans ma p’tit’ tête
Des fois j’ai des drôles d’idées
C’est pas ma faute,
mais quand j’m'embête
Faut qu’je fasse des bêtises

J’aime bien casser 2, 3 vitres
Et faire croir’ après qu’c'est les coups d’air
Avec une fourchette à huîtres
J’ai crevé un œil au chat de grand mère
Quand j’suis tout seul,
j’dis des gros mots
Et j’vide les bouteilles de porto
Je r’garde dans les livres défendus
Les photos des belles dames tout’ nues
Paraît qu’avec d’ la poigne
On peut m’corriger a dit le docteur
Faudrait qu’jaille à la campagne
Moi, ça m’plairait bien,
j’aime tellement les fleurs
Pour leur arracher les pétales
J’sais pas c’que j’ai j’aime bien faire mal
Depuis qu’mon p’tit frère s’est noyé
Et qu’on a dit que j’l'ai poussé

 

Francis Blanche

Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête

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Chanson enfantine

Dans le champ de marguerites

m’en allant me promener

derrière un buisson de myrte

j’ai découvert un macchabée

1

Rendez rendez les cadavres

à ceux qui les ont trouvés

1

C’était le corps d’un jeune homme

il avait les yeux ouverts

avec l’air étonné comme

s’il découvrait l’univers

1

Rendez rendez les cadavres

à qui les a découverts

1

Passa la journée entière

et le soir après dîner

j’en ai parlé à ma mère

qui eut l’air très étonné

1

Rendez rendez les cadavres

à ceux qui les ont trouvés

1

Dans la nuit quand l’aube approche

j’ai vu ma mère s’éloigner

avec la bêche et la pioche

qui servent au jardinier

mon Dieu que la Mort est simple

et que la vie est compliquée

1

Le lendemain plus de traces

mais (comment se l’expliquer ?)

aucun vagabond ne passe

plus jamais dans le quartier

1

Rendez rendez les cadavres

à ceux qui les ont trouvés

1

Depuis s’est tassée la terre

et dessus l’herbe a poussé…

Quand naquit mon petit frère

tout était presque oublié

1

Faut-il toujours un cadavre

pour que vienne un nouveau-né ?…

Francis Blanche

Poésie, XXè   |   Proposé par   |   Tags : ,   |  

Mon oursin et moi

Un oursin dans mon poing fermé

j’ai serré les poings sans rien dire

et je crois qu’on a bavardé

et je crois que j’ai pu sourire

1

Sourire à Pierre à Paul à Georges

à Marie-Christine à Thomas

avec ce sable dans la gorge

et ce caillou dans l’estomac

1

Cache donc tes mains sous la table

ça n’est pas joli tout ce sang

et pour faire passer le sable

bois donc ce whisky qu’on te tend

1

Merci monsieur merci madame

(ô les bons principes reçus !)

Dans ta poche tu fourres ton âme

avec ton mouchoir par-dessus

1

Bravo… tapons-lui sur l’épaule

ce garçon est vraiment très bien

il réussit à être drôle

avec un oursin dans la main !

Francis Blanche

Poésie, XXè   |   Proposé par   |   Tags :   |