Les passants sur son chemin
Soulèvent leurs galures,
Le chien lui lèche les mains
Sa présence rassure.
Voyer cet enfant qui beugle,
Par lui secouru,
Et comme il aide l’aveugle
A traverser la rue.
Dans la paix de son jardin
Il cultive ses roses ;
Monsieurs est un assassin
Quand il est morose.
Il étrangle son semblable
Dans le bois d’Meudon
Quand il est inconsolable,
Quand il a l’bourdon.
A la barbe des voisins
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin,
Je suis son domestique,
Et je classe ce dossier
Sous les églantines,
Je suis un peu jardinier
Je fais la cuisine.
Il étrangle son prochain
Quand il a le cafard,
Allez hop ! Dans le bassin
Sous les nénuphars.
Et je donne un coup de balai
Sur les lieux du crime
Où il ne revient jamais,
Même pas pour la frime.
Sans éveiller les soupçons,
Aux petites heures
Nous rentrons à la maison.
(Je suis son chauffeur).
Car sous son air anodin,
C’est un lunatique,
Monsieur est un assassin,
Chez lui c’est chronique.
Il étrangle son semblable
Lorsque minuit sonne,
Et moi je pousse le diable,
Dans le bois d’boulogne.
Le client dans une valise
Avec son chapeau,
Prendra le train pour Venise
Et un peu de repos.
Il étrangle son semblable
Dans le bois d’Meudon
Quand il est inconsolable
Quand il a le bourdon.
A la barbe des voisins
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin.
Je suis son domestique.
Vous allez pendre monsieur,
Je vais perdre ma place,
Vous allez pendre monsieur,
Hélas ! Trois fois Hélas !
Mais il fallait s’y attendre
Et je prie Votre Honneur,
Humblement, de me reprendre
Comme serviteur,
Et je classerais ce dossier
Sous les églantines,
Je suis un peu jardinier
Et je fais la cuisine
Thomas Fersen
Monsieur
Chanson, XXè | Proposé par incipit_fr | Tags : Monsieur, Thomas Fersen |
La veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meurt.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.
Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La veuve.
Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.
Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La veuve.
Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme crache son dernier râle.
Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La veuve.
Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.
Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La veuve.
Jules Jouy
Chanson, Poésie, XIXè | Proposé par incipit_fr | Tags : Jules Jouy, La Veuve |
Comme aux beaux jours de nos vingt ans,
Par ce clair matin de printemps,
J’ai voulu revoir tout là-bas,
L’auberge au milieu des lilas.
On entendait sous les branches,
Les oiseaux chanter dimanche
Et ta chaste robe blanche,
Paraissait guider mes pas.
Tout avait l’air à sa place,
Même ton nom dans la glace,
Juste à la place où s’efface,
Quoi qu’on fasse,
Toute trace..
Et je croyais presqu’entendre
Ta voix tendre murmurer
« Viens plus près »
J’étais ému comme autrefois
Dans cette auberge au fond des bois,
J’avais des larmes dans les yeux
Et je trouvais ça merveilleux.
Durant toute la journée,
Après tant et tant d’années,
Dans ta chambre abandonnée,
Je nous suis revus tous deux.
Mais rien n’était à sa place;
Je suis resté, tête basse,
À me faire dans la glace
Face à face
La grimace…
Enfin j’ai poussé la porte,
Que m’importe
N. I. NI
C’est fini
Pourtant quand descendit le soir
Je suis allé tout seul m’asseoir
Sur le banc de bois vermoulu
Où tu ne revins jamais plus.
Tu me paraissais plus belle,
Plus charmante, plus cruelle
Qu’aucune de toutes celles
Pour qui mon cœur a battu.
Et je rentrai, l’âme lasse,
Chercher ton nom dans la glace
Juste à la place où s’efface
Quoi qu’on fasse
Toute trace..
Mais avec un pauvre rire
J’ai cru lire:
« Après tout,
On’ s’en fout. »
Fréhel
Chanson, Poésie, XXè | Proposé par incipit_fr | Tags : Chanson tendre, Fréhel |
Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c’était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux
Dans la rue des Blancs-Manteaux
Le bourreau s’est levé tôt
C’est qu’il avait du boulot
Faut qu’il coupe des généraux
Des évêques, des amiraux,
Dans la rue des Blancs-Manteaux
Dans la rue des Blancs-Manteaux
Sont venues des dames comme il faut
Avec de beaux affûtiaux
Mais la tête leur faisait défaut
Elle avait roulé de son haut
La tête avec le chapeau
Dans le ruisseau des Blancs-Manteaux
Jean-Paul Sartre
Dans le rue des Blancs-Manteaux
1944
Chanson, XXè | Proposé par FD_S | Tags : Dans la rue des Blancs-Manteaux, Jean-Paul Sartre |
Tes lèvres jolies
Ta peau de satin
Tes yeux verts et gris
Tes longs cheveux bruns
Ta belle petite gueule
Maintenant c’est à moi
Et c’est à moi seul
Que tu souriras
Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des femmes de ménage
Qui fouillent partout et qui bavardent trop
Moi j’veux pas mourir à mon âge.
Tant pis pour ton corps
Que j’aimais aussi
Pour tous ces trésors
Dont j’étais épris
Ils ne me rendront
Plus jamais jaloux
Car là où ils sont
L’amour, on s’en fout
Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des femmes de ménage
Qui fouillent partout et qui bavardent trop
J’crois que j’vais partir en voyage.
Nous irons flâner
A Monte-Carlo
Je vais t’emmener
Voir le casino
Puis ce s’ra Venise,
Le pont des soupirs
Rome et ses églises
Naples et ses désirs
Mais qu’est-ce que j’vais faire du carton à chapeau?
Il faut se méfier des porteurs de bagages
Qui posent des questions quand l’colis est trop lourd
Moi j’veux pas mourir avant l’âge
Ô mon cher amour
Si on t’avait dit
Qu’nous serions un jour
Dans le même lit
Tu aurais bien ri
Tu riais si bien
Pourtant te voici
Et tu n’y peux rien
Mais qu’est-ce je vois en page trois des journaux?
C’est la photo de la femme de ménage
{Parlé}
« Nia nia nia nia nia nia nia nia on a retrouvé la tête de la victime nia nia nia nia nia, l’odieux individu… nia nia. »
J’aurais dû penser à rincer le couteau
J’crois que je vais mourir avant l’âge.
Francis Blanche
Mais qu’est-c’que j’vais faire du carton à chapeau ?
Chanson, Poésie, XXè | Proposé par FD_S | Tags : Francis Blanche, Mais qu'est-c'que j'vais faire du carton à chapeau ? |
Zazie
A sa visite au zoo
Zazie suçant son zan
S’amusait d’un vers luisant
D’isidore Isou
Quand zut! Un vent blizzard
Fusant de son falzar
Voici zigzaguant dans les airs
Zazie et son Blazer
L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par un paparazzi
Zigouilleur visionnaire
De scherzi de Mozart
Drôle de zigoto
Zieuteur du genre blasé
Mateur de photos osées
Zazie
Sur les vents alizés
S’éclate dans l’azur
Aussi légère que bulle d’Alka Selzer
Elle visionne le zoo
Survolant chimpanzés
Gazelles lézards zébus buses et grizzlis d’Asie
L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par l’autre zèbre, bonne zigue
Zazie le fusillant d’un bisou
Lui fait voir son bazar
Son zip et son Zippo
Fendu de jusqu’à Zo
Serge Gainsbourg
Exercice en forme de Z
Chanson, Poésie, XXè | Proposé par FD_S | Tags : Exercice en forme de Z, Serge Gainsbourg |
La vieille Anglaise est triste
Elle a perdu au casino
Pour elle, plus rien n’existe
Fallait pas jouer le zéro
Les fiacres avec leurs coussins blancs
Passent près d’elle lentement
Mais elle n’a plus d’argent
La vieille Anglaise est lasse
Elle rentre à pied à son hôtel
Là-bas, la chance passe
On continue sans elle
Dans la chambre bleue, parmi les broderies
La vieille Anglaise s’ennuie
Elle songe à son pays
A ses gazons fleuris
Qu’elle a quittés jadis
Pour lui qu’elle aimait trop
Pour lui qui l’aimait moins
Moins que le casino
Et qui a tant gagné en jouant sur le zéro
Et puis qui l’a laissée
Seule, à Monte-Carlo
La vieille Anglaise est triste
Elle va chercher dans un tiroir
Sous les chemises de batiste
Un petit revolver noir
Maintenant, elle n’a plus qu’une idée
Ce revolver, il faut aller
Le mettre au mont-de-piété
La vieille Anglaise est folle
Elle est retournée au casino
Sans dire une parole
Elle a joué le zéro
La roue est partie
Elle tourne comme la vie
La vieille Anglaise sourit
Elle songe à son pays
A ses gazons fleuris
Qu’elle reverra bientôt
Dès qu’elle aura gagné
L’argent pour le bateau
Si le sort veut l’aider
Le zéro est sorti
Elle a tout emporté
Mais près de la sortie
On l’a vue s’écrouler
La vieille Anglaise est morte
Goodbye, bonsoir et rien ne va plus
Là-bas derrière les portes
La partie
Continue
Francis Blanche
La vieille anglaise
Chanson, Poésie, XXè | Proposé par FD_S | Tags : Francis Blanche, La vieille anglaise |