Nuage

[Extrait]

 

Et si Django était mort de chagrin ? Enveloppé dans un nuage d’oubli, l’ex-star des zazous n’a pas si bien supporté que ça une traversée du désert pour laquelle son caractère n’était pas préparé. C’est d’ailleurs en marchant comme dans un désert que Django est mort.

Il s’est retrouvé, un jour de mai 1953, tout seul à la petite gare de Bois-le Roi. Pas de taxi. Django décida de rentrer chez lui à pied. Quelques nuages se gonflaient d’orage au dessus de lui. Il marcha à travers la forêt, sa veste sur l’avant-bras. Son front suait au soleil. Sa main lui faisait mal, comme toujours quand il faisait lourd. Les grands arbres vacillaient à son passage. Était-ce normal : tant d’étoile en plein jour ?

Il arriva à Samois en nage. A la terrasse de son bistrot préféré, on le fit s’asseoir. Dans un énorme soupir flou, il commanda un café avec un nuage de lait. Son dernier geste fut de porter la tasse à son sourire, et il s’écroula sur le guéridon. On le transporta à l’hôpital de Fontainebleau.

On raconte que que lorsque le médecin vint, au petit matin, constater le décès de cet homme de quarante-trois ans, mort d’une congestion cérébrale, il vit d’abord une drôle de main qui dépassait du dras et murmura : « Django… »

 

Django Reinhardt est un nuage. Il est passé au dessus du monde. Bien ouaté, tout en vapeur d’amour, il flotte dans le ciel inquiet, pour toujours.

 

Nuage

Marc-Édouard Nabe

Éditions le Dillettante

1993

 


Publié par : FD_S
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